Perspectives sur la démographie
dimanche, février 22, 2009 at 1:12PM À la forte natalité d’après guerre – le baby boom – a succédé une phase de dénatalité – le baby bust – dans laquelle les pays occidentaux se trouvent toujours. À mesure que la génération du baby boom part à la retraite, le nombre des actifs diminue, ce qui restreint le potentiel de croissance de nos sociétés. Dans les pays qui pratiquent la retraite par répartition, les actifs ne seront bientôt plus assez nombreux pour payer les retraites des non actifs.
Parallèlement, le vieillissement de la population augmente les frais de santé, alors que les gens se soignent davantage et que les technologies médicales deviennent de plus en plus dispendieuses. Pour ce qui touche au financement de la santé et des retraites, la plupart des pays retardent le plus possible l’heure des choix difficiles. Pour compenser le facteur démographique, aujourd’hui largement à l’avantage des pays émergents, les pays avancés peuvent s’orienter vers une économie à forte valeur ajoutée, avec les choix que cela implique en matière de formation et de compétences.
Du baby boom au baby bust
En Europe de l’Ouest, en Amérique et dans la plupart des pays développés, l’origine du baby boom est la compensation d’une période de faible natalité, des dizaines de millions de couples ayant choisi de retarder le moment de se marier ou d’avoir un premier enfant à cause de la Dépression des années 30 ou de la deuxième guerre mondiale. Une fois la paix et la prospérité revenues, ces mêmes couples et leurs cadets choisissent d’avoir de nombreux enfants; c’est le baby boom.
Dans la même période, un phénomène comparable mais liés à des causes différentes se produit dans les pays plus défavorisés : grâce aux progrès des soins de santé, les enfants survivent plus nombreux, de la naissance à l’âge adulte. Partout dans le monde les progrès de l’hygiène et de la médecine augmentent l’espérance de vie. Entre 1960 et 2000, l ‘espérance de vie à la naissance chez les Américains, les Européens et les Japonais a augmenté de 7 à 13 ans selon les pays, pour atteindre en moyenne 83 à 85 ans pour les personnes ayant dépassé 65 ans. En Chine, durant la même période, l’espérance de vie a doublé, passant de 35 à 70 ans.
À la génération suivante, le baby boom est remplacé par le baby bust : le nombre de naissances diminue. Les femmes entrent sur le marché du travail, les moyens contraceptifs deviennent simples et peu chers, l’augmentation du niveau de vie crée une augmentation des attentes, pour les parents vis à vis d’eux-mêmes et aussi vis à vis de leurs enfants. Partout, la prospérité matérielle s’accompagne d’une réduction du nombre des naissances. La situation de la Chine est particulière, puisque la limitation imposée de n’avoir pas plus d’un enfant par couple brise la tendance démographique de fond. Mais en Thaïlande ou en Corée, par exemple, dans les années 50, les femmes avaient en moyenne cinq enfants, alors qu’aujourd’hui le chiffre moyen est de deux.
Dans de nombreux pays, pour la première fois depuis le début du 19e siècle, la génération qui suit la génération active va être moins nombreuse. C’est le renversement d’un paradigme économique auquel nos esprits ne se sont pas encore habitués. Il va y avoir de moins en moins de personnes au travail et de plus en plus de personnes à la retraite, dont la santé nécessitera des soins de plus en plus nombreux et coûteux.
Ces changements en cours envoient des ondes de choc dans les économies et la vie quotidienne de tous les pays concernés. Au Japon et à travers l’Europe, la chute de la natalité commence à réduire la taille de la population active. À moins qu’une armée de robots n’apparaisse, ce seul fait va diminuer l’épargne des individus, les investissements, et la croissance économique dans son ensemble au cours des 15 prochaines années. Dans la majorité des autres nations, le nombre de nouveaux travailleurs va continuer d’augmenter, mais plus lentement qu’avant, engendrant des effets comparables mais moins accentués.
Les populations âgées dans ces pays vont augmenter de 35 à 60 % dans les 15 prochaines années, obligeant les gouvernements presque partout à augmenter les dépenses publiques et à augmenter les impôts – ou à accepter de lourds déficits – pour payer pour les soins médicaux de ces populations et leur retraite.
Dans les pays qui connaîtront à la fois une forte hausse de leur population âgée et une baisse de leur développement économique, les débats et les arbitrages autour des ressources à consacrer aux populations âgées risquent d’être houleux.
Vieillissement de la population : un phénomène mondial
Chaque année à partir de maintenant jusqu’en 2020, le nombre d’Européens âgés vivant des revenus de leur retraite va augmenter de près de 3 % par an, tandis que le nombre de personnes au travail va diminuer de 1 % par an.
Le problème démographique est puissant et rapide : en 2020, le nombre de personnes âgées en Europe et au Japon équivaudra à plus de la moitié de celui des personnes en âge de travailler.
Et ce problème n’est pas près de disparaître : en Europe et au Japon, le nombre d’enfants et d’adolescents qui seront les actifs imposables des années 2025-2035 diminue plus vite que le nombre de personnes au travail.
Depuis quelques décennies, les gouvernements ont été en mesure de promettre à leurs citoyens qu’une fois qu’ils auraient atteint l’âge de la retraite, leur niveau de vie ne baisserait pas dramatiquement. Aujourd’hui, rien n’est moins sûr.
L’exception américaine
À bien des égards, la combinaison de la démographie et de la mondialisation trouvera les États-Unis dans une position plus forte que l’Europe ou le Japon.
Le baby boom aux États-Unis a été comparativement plus important qu’en Europe ou au Japon. Durant les décades du baby boom, le taux de natalité américain a été de près de 50 % supérieur à celui que connaissaient les Suédois. Environ 30 % plus élevé qu’en Grande-Bretagne, et 20 % de plus qu’en France ou en Italie, 16 % plus élevé qu’au Japon.
Bien que le nombre de personnes âgées augmentera plus vite dans les 15 prochaines années aux États-Unis qu’en Europe et au Japon, le nombre d’Américains au travail lui aussi augmentera. En 2020, le nombre d’Américains âgés qui ne contribueront plus à la création de richesses ne représentera pas plus que 28 % de celui des personnes au travail.
Le baby bust a été aussi moins prononcé aux États-Unis, ralenti par un niveau d’immigration supérieur. D’ici à 2020, par exemple, le baby bust aux États-Unis sera largement amorti par les effets de deux générations d’immigration : à cette date, les États-Unis devraient avoir 5 millions d’enfants de plus qu’aujourd’hui, une croissance de 8 %. À l’inverse, les Nations Unies prévoient que l’Europe de l’Ouest aura en 2020 deux millions d’enfants de moins de 14 ans en moins qu’en 2005; une baisse de 7 %. L’Italie sera le pays européen le plus touché, avec une baisse de 12 % des enfants de moins de 14 ans entre aujourd’hui et 2020 (France et UK, -3 à 4 %; Allemagne, -9 %).
Aux États-Unis, les immigrants récents sont à l’origine de plus de la moitié de la croissance de la force de travail depuis 1990, et, parmi tous les pays avancés, il n’y a qu’aux États-Unis que l’on prévoit que le nombre de personnes au travail va continuer d’augmenter dans les 10 ou 15 prochaines années.
Le financement des retraites finira par peser sur la société américaine, mais pas avant 2030 ou plus. En revanche, les États-Unis seront beaucoup plus tôt que cela confrontés à un sévère problème de financement des soins de santé pour les aînés. Le système social américain est bien moins généreux que celui de la plupart des pays développés (à l’exception de la Grande-Bretagne et de l’Irlande). La générosité des pays Européens se traduira par de grosses difficultés économiques.
La Chine
Quelle va être la situation du pays le plus peuplé du monde? La population de la Chine est celle qui vieillit le plus rapidement dans le monde; c’est aussi le pays où le baby bust est le plus drastique. Pourtant, d’autres facteurs pourraient compenser les effets de cette situation.
D’ici 2020, la génération des baby boomers (plus nombreuse que la population des États-Unis et de l’Europe réunis) aura conduit la Chine à un développement sans précédent, grâce à une politique de développement économique qui, commencée il y a 30 ans, ne semble pas devoir dévier de sa route dans les 10 prochaines années. À l’intérieur de ce modèle de croissance, les gains en productivité jouent un rôle extrêmement importants : le pays est passé, en 30 ans, d’une productivité digne du 18e siècle dans bien des régions à une assimilation des technologies les plus modernes (par exemple : ouverture du marché des téléphones 3G en 2009, dans un pays qui est déjà le premier au monde sur le plan du nombre d’usagers de téléphones mobiles).
La situation n’est pas sans problème cependant. Dans les années 80 et 90, les régimes de retraite et de santé publics se sont évanouis en même temps que le régime privatisait les grandes entreprises d’État. Il y aura 170 millions de Chinois âgés en 2020. Les laisser dans le dénuement pourrait susciter des troubles sociaux, dans un pays où l’essor économique dilue les liens de parenté, privant souvent les plus âgés du soutien de leurs descendants, ce qui était la norme sociale depuis des millénaires. La crise économique mondiale, qui touche également la Chine, pousse le gouvernement à déployer un arsenal de mesures sociales, à la fois pour maintenir la paix civile et pour relancer la consommation. Les experts considèrent que le sort des plus vieux sera intégré à ce « volet social » du développement chinois.
L’exception Russe
La Russie a connu brièvement un accroissement de sa natalité vers la fin des années 80, mais la natalité a ensuite diminué de moitié dans les années 90. Au cours de la dernière décennie, la population de la Russie a chuté de trois millions et devrait diminuer de trois millions supplémentaires dans les dix prochaines années.
De plus, l’espérance de vie a commencé à décroître en Russie à partir des années 60, pour atteindre 59 ans en 2003, une espérance de vie plus faible que celle que connaissent des pays comme le Guatemala, l’Égypte ou le Vietnam.
Les « Tigres » d’Asie du sud-est, les « Cigales » d’Amérique latine
Au sein des pays émergents, le pronostic le plus favorable concerne les pays d’Asie du sud-est, ceux que l’on a appelé les « Tigres » (Singapour, Thaïlande, Malaisie, Indonésie, Philippines), qui ont à la fois conduit des réformes économiques d’envergure et investi énormément dans l’éducation des jeunes générations. Leur population connaît un niveau de vie sans précédent et les générations montantes sont suffisamment bien armées sur le plan académique pour prolonger le développement économique de leur pays.
En Amérique Latine en revanche, la retraite des baby boomers pourrait causer de gros problèmes, dans la mesure où les réformes économiques n’ont pas été entreprises ou n’ont pas abouti et que le système éducatif demeure généralement médiocre.
Vieillissement et ralentissement de la croissance
Avant le baby bust, la population active d’un pays augmentait normalement de 1 % par an environ, et il y avait donc chaque année plus de personnes pour produire les biens et les services dont le pays avait besoin. La situation est en train de s’inverser, au désavantage de la plupart des pays développés.
Si on simplifie en disant que la croissance d’un pays dépend de la croissance de sa population au travail, ajoutée à la croissance de la productivité de cette population, il sera par exemple difficile à un pays comme le Japon d’atteindre ce que l’on considère comme une croissance moyenne de la productivité, soit entre 1,5 % et 2,5 % par an. Dans les faits, la croissance de la productivité au Japon a plutôt été de 1 % depuis les années 90, même si elle s’est accélérée dernièrement. D’ici 2020, le Japon aura près de 9 millions de personnes de moins entre 20 et 60 ans. En Italie, le nombre de personnes en âge de travailler va diminuer de 9 % d’ici 2020. Ce sera 4 à 5 % pour la France et l’Allemagne, la situation restant à peu prés équilibrée pour la Suède et la Grande-Bretagne.
Le phénomène est intimement lié à la démographie : c’est le nombre de personnes actives qui détermine largement la capacité d’épargne d’un pays et donc la richesse des ménages. La capacité d’épargne peut se transformer en capacité d’investissement, comme on l’a vu aux États-Unis, ce qui a été à la fois une source de croissance pour le pays mais aussi une des raisons de la crise actuelle. Globalement, une population vieillissante réduit le potentiel de croissance d’un pays : les plus âgés consomment leur épargne, les plus jeunes ne sont plus assez nombreux pour faire augmenter l’épargne nationale.
Pour compenser ce manque de croissance naturelle, un pays devrait disposer d’une communauté scientifique et technologique très dynamique, d’une culture entrepreneuriale qui le rend à même de commercialiser les fruits de cette R&D et d’un secteur financier capable de soutenir les entreprises innovantes. C’est une combinaison de facteurs que l’on a trouvé ces vingt dernières années aux États-Unis, mais qui s’accompagne d’un modèle social que la plupart des pays européens (Grande-Bretagne et Irlande exceptés) ne sont pas prêts à adopter.
Le paiement des retraites
Combien chaque pays aura demain de citoyens actifs pour payer pour ceux qui ne le sont plus? Déjà la situation est difficile en Allemagne, en Italie, au Japon. Chacun de ces pays a à peine une personne ayant entre 20 et 60 ans pour une personne ayant dépassé 60 ans. La Suède, la France et la Grande-Bretagne ont entre 2,25 et 2,50 personnes actives pour une personne à la retraite. La réalité est pire que ce que décrivent les statistiques de ces pays, car elles définissent la « période active » comme allant de 15 à 65 ans, ce qui ignore le phénomène des jeunes retraités. En Italie, moins de 40 % des personnes ayant entre 55 ans et 59 ans sont encore au travail, contre 76 % des Japonais, 69 % des Américains, et entre 60 et 65 % des Allemands et des Français.
Par ailleurs, certains systèmes de retraite sont extrêmement généreux. En Italie, le système de retraite reverse environ 90 % du salaire mensuel après impôt perçu durant la vie active du retraité. Le pourcentage est à peu près de 50 % au États-Unis et en Grande-Bretagne, mais de 37 % seulement en Irlande.
Payer moins à des cohortes de plus en plus importantes de retraités est politiquement moins difficile à gérer quand les populations concernées ont été habituées à se constituer une partie de leur retraite par capitalisation. Ce n’est pas le cas dans la plupart des pays Européens.
En Italie et en Allemagne, le montant total de l’épargne privée pour la retraite se situe entre 18 et 22 % du PIB. C’est un quart du montant total épargné en Grande-Bretagne et aux États-Unis par rapport à leur PIB respectifs. En France, le montant est de 7 % du PIB. Mais, même pour les européens qui épargnent individuellement pour leur retraite, les montants épargnés sont dérisoires par rapport aux besoins. On a calculé que cela représenterait au total à peu près 25 000 $ pour un Allemand à la retraite, 30 000 $ pour un Italien et 10 000$ pour un Français…
Quand l’écart entre le nombre de personnes à l’emploi et celui des personnes retraitées se fera sentir dans ces pays, il sera bien tard pour faire jouer un plus grand rôle à la retraite par capitalisation.
Pourtant, dans ces pays, un complément de retraite provenant d’un modèle de retraite par capitalisation serait utile. L’Union Européenne estime qu’en 2020 le coût de la retraite publique sera de 15 % du PIB en France et en Italie, et 12,6 % en Allemagne (et cela en se basant sur une hypothèse optimiste quant au taux de croissance de ces pays d’ici là).
La voie d’une augmentation de la recette fiscale pour payer le coût croissant des retraites est difficilement envisageable. Les prélèvements fiscaux en Allemagne, en France et en Italie représentent déjà entre 38 % et 45 % du PIB de ces pays. Compte tenu de la progressivité de l’imposition (faible pour les bas revenus et les personnes âgées), les salariés qui se situent dans la moyenne supérieure sont déjà lourdement taxés.
D’ici 15 ou 20 ans, les dirigeants des pays développés ayant adopté la retraite par répartition (les actifs paient pour les retraités) seront donc pris entre deux solutions également mauvaises pour eux (mais peut-être nécessaires pour leur pays) : réduire fortement le montant des pensions versées aux retraités ou augmenter fortement les impôts des personnes au travail pour maintenir le montant de ces prestations. Notons au passage que Madame Thatcher, lorsqu’elle a drastiquement réformé – à la baisse – le programme public de fonds de pension pour les citoyens Anglais, a acheté du temps sans pour autant trouver la solution. Elle croyait, sincèrement semble-t-il, que les Anglais allaient se mettre à épargner beaucoup pour se constituer une retraite par capitalisation. Ça n’a pas été le cas. D’ici quelques années, on peut penser que l’Angleterre devra intervenir pour ne pas laisser ses baby boomers retraités dans la pauvreté.
Une troisième solution, moins douloureuse à court terme, consiste à aggraver le déficit de l’État et à augmenter la masse monétaire. Ce qui provoquera ensuite une inflation proportionnelle aux facilités que l’on se sera données. Mais n’oublions pas que la crise économique actuelle a déjà lancé tous ces pays dans une course au déficit de l’État.
Sur ce chapitre, les États-Unis se trouvent dans une situation nettement moins mauvaise. Leur situation démographique est plus favorable, le montant des pensions versées par l’État est plus faible, les travailleurs prennent leur retraite plus tard, les perspectives de croissance et hausse des salaires (bien que cela soit remis en cause par la crise), lesquels alimentent les fonds de pensions, sont plus élevés que dans la plupart des autres pays développés. Les montants à financer sont également nettement moins élevés par rapport au PIB : 5,3 % du PIB américain prévu en 2020, contre 15 % du PIB français, par exemple. Le prélèvement sur l’activité économique est lui aussi beaucoup plus faible : pour les entreprises américaines, le coût de leur participation au financement des retraite est de 14,2 % du coût du travail, contre 21 % au Japon, 25 % en Allemagne, 32 % en Italie et 38 % en France.
Le financement des systèmes de santé
La majorité des pays développés est entrée dans une crise majeure de financement des dépenses de santé, pour deux raisons principales : le vieillissement de la population et le coût croissant des technologies médicales et des traitements qu’elles permettent.
En Europe et au Japon, le niveau de la population active diminue pendant que les dépenses liées au vieillissement et aux technologies augmentent. Dans des pays comme l’Allemagne et la France, les dépenses de santé sont déjà très élevées, mais le niveau général de taxation l’est aussi. Le Japon et la Grande-Bretagne dépensent moins pour la santé et leur niveau d’imposition est plus faible. Mais le Japon a la population la plus âgée et une économie affaiblie.
Le coût des dépenses de santé pose aussi des problèmes aux États-Unis, malgré une démographie plus favorable. Le coût des soins médicaux est plus élevé aux États-Unis que partout ailleurs dans le monde. Les Américains veulent utiliser les toutes dernières technologies, qu’ils sont souvent les premiers à développer. Par ailleurs, le nouveau président et son équipe vont vraisemblablement élargir considérablement la couverture médicale pour tous ceux qui sont incapables d’assumer le coût actuel de la santé aux États-Unis. Les experts s’attendent à ce que les frais de santé représentent environ 10 000$ par Américain dans les années à venir. La question de savoir qui va payer pour cela n’a pas encore de réponse.
Les États-Unis consacrent l’équivalent de 16 % de leur PIB aux dépenses de santé (2006), contre 10 % et 11 % en Allemagne et en France, 8 % au Japon et en Grande-Bretagne. La façon dont chaque collectivité nationale finance ses dépenses de santé varie considérablement d’un pays à l’autre et les décrire sortirait du cadre de ce rapide survol.
Rappelons qu’au fur et à mesure du départ à la retraite des baby boomers, les plus de soixante ans passeront de 23 à 27 % en France entre 2010 et 2020, de 27 à 29 % en Allemagne, de 30 à 34 % au Japon, de 23 à 25 % en Grande Bretagne, et de 18 à 22 % aux États-Unis.
Plus les personnes vieillissent, plus leurs problèmes de santé sont fréquents et plus ceux-ci coûtent chers. Aux États-Unis, le coût des services médicaux augmente de 70 % entre la période 65-69 ans et la période 75-79 ans. Il augmente encore de 35 % après 80 ans. Des études sur les vingt dernières années montrent que la majeure partie de cette hausse du coût de la santé ne vient pas des médicaments mais de l’innovation technologique (angioplasties, transplantations, nouveau matériel dans les hôpitaux, etc.).
Les systèmes de santé américains, allemands et français ont en commun qu’ils laissent à l’individu une large autonomie dans le choix de la conduite de sa santé. Les coûts de santé ont augmenté de 8 % annuellement aux États-Unis depuis 2000, de 5 % en France et en Allemagne. Compte tenu de la situation démographique des uns et des autres, on peut s’attendre à ce que les coûts de santé aient doublé dans ces trois pays d’ici 2020. Au Japon et en Grande-Bretagne, le contrôle étatique sur le système de santé dans son ensemble (fonctionnarisation des médecins, contrôle du prix des médicaments) est poussé très loin. Aucune des deux formules n’a su apporter une solution satisfaisante au problème posé par la recherche d’un équilibre satisfaisant entre coûts et qualité des soins.
Les conséquences en matière de compétences
Démographie déclinante, vieillissement de la population qui entraîne des coûts croissants pour la collectivité nationale, financement des retraites et de la santé : ces trois domaines constituent une mécanique implacable à laquelle aucun pays ne peut se soustraire. Quelles orientations générales peut-on tirer des constats qui précèdent?
La baisse de la natalité pèse sur la prospérité des pays qu’elle concerne; moins de bras, moins de cerveaux, moins d’épargne et, éventuellement, moins d’esprit entrepreneurial et d’énergie. Faute de croissance naturelle, les pays à faible natalité peuvent cependant renforcer leur position par une forte innovation et/ou par une forte immigration.
Pour les pays ou régions concernés, la voie d’une redynamisation de leur économie passe par un investissement accru dans des formations de niveau élevé, un renforcement de l’entrepreneurship, l’orientation vers les nouvelles technologies, et l’accueil d’un nombre important d’immigrants qualifiés (sans freiner leur intégration au marché du travail à la hauteur de leurs compétences). Il est d’autre part à peu près sûr que, dans l’avenir, le montant des pensions sera révisé à la baisse, et celui des versements acquittés par les actifs révisés à la hausse (et l’âge de la retraite repoussé dans le temps).
L’observation des grandes tendances mondiales montre que l’investissement dans « la matière grise » est partout présente dans les pays au développement le plus rapide, qu’il s’agisse des États-Unis, de l’Inde ou de Singapour. L’innovation et l’ouverture au monde pour bâtir depuis une base régionale des activités capables de se greffer sur les courants internationaux les plus dynamiques est, elle aussi, nécessaire. Faire venir, accueillir et faire confiance à des personnes venues de l’étranger est un moyen de compenser le déficit démographique; c’est ce qui a réussi aux États-Unis depuis deux générations.
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