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vendredi
févr.272009

Obama: passe ou casse?

Le président Obama a présenté Jeudi dernier son premier budget. Premier jour d’une ère nouvelle pour  les Etats-Unis ou prélude à une bataille au Congrès au cours de laquelle l’opposition républicaine et les démocrates conservateurs tenteront par tous les moyens de vider le projet de sa substance ?

Peut-on changer l’ordre des choses dans une Amérique qui a élu, mais surtout réélu, un homme comme Bush ? Toute démocratie s’exerce nominalement au nom de la majorité mais traduit dans les faits le niveau de compromis auquel les groupes d’intérêts les plus puissants du pays ont consenti. Dans des pays comme la Suède, la France, l’Espagne, ce niveau de compromis est assez élevé. Aux Etats-Unis il est particulièrement bas. L’establishment des intérêts financiers et des grands compagnies est puissant, servi par des lobbies auxquels nombre de congressistes sont inféodés. Le poids de l’industrie et des administrations « militaires » est vaste. Il n’est pas certains que des réformes profondes soient possibles. Nous le saurons dans les prochains mois.

Dans son discours, le nouveau président a fait le bilan des erreurs collectives qui ont conduit le pays à la crise actuelle :

« The fact is, our economy did not fall into decline overnight. Nor did all of our problems begin when the housing market collapsed or the stock market sank. We have known for decades that our survival depends on finding new sources of energy. Yet we import more oil today than ever before. The cost of health care eats up more and more of our savings each year, yet we keep delaying reform. Our children will compete for jobs in a global economy that too many of our schools do not prepare them for. And though all these challenges went unsolved, we still managed to spend more money and pile up more debt, both as individuals and through our government, than ever before.

« In other words, we have lived through an era where too often, short-term gains were prized over long-term prosperity, where we failed to look beyond the next payment, the next quarter, or the next election. A surplus became an excuse to transfer wealth to the wealthy instead of an opportunity to invest in our future. Regulations were gutted for the sake of a quick profit at the expense of a healthy market. People bought homes they knew they couldn't afford from banks and lenders who pushed those bad loans anyway. And all the while, critical debates and difficult decisions were put off for some other time on some other day.

« Well that day of reckoning has arrived, and the time to take charge of our future is here. »

Son plan d’action prévoit un retour en force de l’implication du gouvernement dans la gestion de l’économie, plus d’impôts pour les plus riches, plus de dépenses pour la santé et l’éducation, un virage réglementaire qui devrait pousser le pays à véritablement penser en termes de développement durable. Le déficit budgétaire devrait atteindre 1.750 Mds$ pour l’exercice fiscal en cours (contre 455 Mds$ en 2008).

Un changement de cap de cette ampleur n’a pas beaucoup de précédents dans l’histoire des Etats-Unis. Et les observateurs ne s’y sont pas trompés.

Au New York Times, le très Démocrate éditorialiste Paul Krugman commence son commentaire en affirmant :

« Elections have consequences. President Obama’s new budget represents a huge break, not just with the policies of the past eight years, but with policy trends over the past 30 years. If he can get anything like the plan he announced on Thursday through Congress, he will set America on a fundamentally new course. » Et Krugman conclut : «  … And this budget looks very, very good. »

Dans le très conservateur Wall Street Journal, l’éditorial du journal a pour titre: «The Obama Revolution», avec pour sous-titre : «Paid for by the people».

« With yesterday's fiscal 2010 budget proposal, écrit l’éditorialiste, President Obama is attempting not merely to expand the role of the federal government but to put it in such a dominant position that its power can never be rolled back. » Et le journal de conclure : « Republicans have an obligation to insist on a long and considerable debate on all of this, lest Americans discover in a year or two that they live in a very different country. »

Les sombres perspectives pour 2009
Pendant ce temps, la crise mondiale s’accentue et les analyste économiques sont au moins d’accord sur un point : seules des mesures extraordinaires pourraient venir à bout d’une crise extraordinaire, et le temps presse.

Dans leur analyse mensuelle de la situation économique (datée Janvier 2009), les Services économiques de la banque Société Générale dresse une synthèse remarquable, et particulièrement inquiétante, de la situation mondiale. (télécharger le PDF) Nous marchons au bord du gouffre, sans vraiment savoir si nous n’allons pas y tomber.

Voici quelques extraits de ce document :

« L’hiver 2008-2009 marque l’entrée dans la phase la plus aiguë de la crise économique, la récession se révélant à la fois mondiale et extraordinairement brutale. La montée du chômage et les crises immobilières pèsent sur la consommation des ménages. Les entreprises ont gelé leurs programmes d’investissement et vont déstocker. Les échanges internationaux chutent. Une spirale dépressive est en train de se développer.
 
Une contraction prononcée de l’activité au 1er semestre apparaît inévitable. Au-delà, notre scénario central est fondé sur une hypothèse cruciale : celle des la capacité des autorités à adapter leur politiques afijn de stabiliser le système financier et de créer un choc positif de demande susceptible d’infléchir les anticipations. Auquel cas une reprise s’ébaucherait au second semestre. La croissance mondiale serait nulle en 2009, alors que les pays du G7 verraient leur PIB se contracter en moyenne annuelle de 1 ½ % à 2 ½ %.

En définitive, la sortie de crise implique un policy-mix combinant des politiques monétaires très accommodantes et, dans certains pays, non-conventionnelles, ainsi que des plans de relance budgétaire de vaste ampleur. De plus, la condition nécessaire à une réouverture du canal du crédit réside dans l’assainissement rapide des bilans des banques. Les gouvernements britannique et américain, dont les systèmes bancaires sont particulièrement fragilisés, vont, semble-t-il, s’attaquer de front à ce problème majeur."

Dans leur page de synthèse, les auteurs soulignent :

"Néanmoins, les enchaînements à l’œuvre fin 2008-début 2009 sont extrêmement préoccupants. Les trois cercles vicieux affectant l’économie réelle (via le jeu du multiplicateur et de l’accélérateur keynésiens), la sphère financière (via le develeraging des institutions financières tirant à la baisse le cours des actifs), et les relations entre l’économie réelle et la sphère financière (via, d’une part, le resserrement des conditions de crédit et, d’autre part, la dépréciation des actifs et la montée des provisions) jouent actuellement à plein. Aussi le risque d’une spirale baissière conduisant à une dépression et à la déflation commence-t-il à se matérialiser : pour le contrer, les autorités doivent continuer de se montrer proactives."  
 
Sur la situation des Etats-Unis, les experts de la Société Générale se montrent tout aussi inquiets:
 
( Aux Etats-Unis) "Le désendettement, nécessaire, du secteur privé est à l’origine d’un deuxième cercle vicieux: la baisse de la demande, tant au niveau de la consommation des ménages que de l’investissement des entreprises, provoque des licenciements massifs. D’où une contraction du revenu disponible des ménages et des difficultés financières se traduisant par une augmentation des taux de défaut et, par conséquent, de nouvelles hausses du coût du risque pour le système bancaire. À cela s’ajoutent un marché immobilier toujours en crise, l’excès de logements à vendre pesant toujours sur les prix (qui ont baissé de 18 % en un an) et sur l’activité de construction (-45 % en glissement annuel en décembre), entraînant à nouveau une forte contraction de l’investissement résidentiel en 2009, et un commerce mondial au point mort, les exportations américaines de biens s’étant contractées de 11,8 % d’août à novembre. La conjonction de ces éléments pourrait provoquer une chute du PIB de plus de 3 % en moyenne annuelle cette année si les pouvoirs publics ne mettent pas en place rapidement un nouveau plan de relance. »

Ce plan de relance est désormais devant le Congrès. Passera, passera pas ?

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