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vendredi
juil.242009

Proudhon, citoyen du Milwaukee?

Sur la scène économique, l’époque est la confusion des genres. Brouillons un peu plus les cartes en rapprochant les propos récents tenus par un banquier américain et ceux, plus anciens, d’un économiste français, “gauchiste” avant l’heure.

 

Le Financial Times publiait cette semaine un article1 fort réjouissant parce qu’il mettait en scène un iconoclaste d’envergure, banquier de son état, très habile dans ses affaires mais d’un cynisme avéré, puisqu’il n’hésite pas à dire que “malheureusement, 75% des gens dans notre secteur d’activité ne sont pas honnêtes”!

 

Monsieur Paul Purcell – c’est son nom – s’exclut du lot. Il applique, dit-il, “a no ass hole rule” (je vous laisse traduire), excluant de sa banque “quiconque s’intéresserait plus à lui-même qu’à ses clients ou plus à lui-même qu’à la banque qui l’emploie”.

 

Président de la banque d’investissement Robert W. Baird X Co, basée dans l’Etat du Milwaukee (il avoue qu’il longtemps souffert d’un handicap d’image à cause de cette localisation géographique) M. Purcell et sa banque ne se sortent pas trop mal de la crise. “Nous n’avons pas fait toutes les mauvaises choses que Wall-Street à faites”, affirme-t-il.

 

En bref, il n’a pas joué le jeu que Pierre-Jospeph Proudhon prêtait en 1855 aux gens d’affaires dans son Manuel du spéculateur à la Bourse.

 

Dans son excellent blog Paul Jorion (qui vient d’écrire une postface pour la réédition de ce livre) cite un passage que Proudhon lui-même avait mis en tête de son ouvrage.

 

Je vous laisse déguster ce morceau d’anthologie Purcello-Proudhonesque. Vous admirerez la qualité du style de Proudhon et son talent de polémiste. Mais à la fin de ce passage, l’attaque contre les gens d’affaires est attribuée au “premier venu”, ce qui en diminue la portée. Car le “premier venu” est forcément bien moins au fait de la vraie nature des affaires que le dernier des économistes; n'est-ce pas? 

 

 

“Une conviction s’est formée dans le silence universel, sorte de profession de foi tacite, qui a remplacé pour les masses les anciens programmes politiques et sociaux :

 

« Que de toutes les sources de la fortune, le travail est la plus précaire et la plus pauvre ;

 

« Qu’au-dessus du travail, il y a, d’abord le faisceau des forces productrices, fonds commun de l’exploitation nationale, dont le gouvernement est le dispensateur suprême ;

 

« Qu’ensuite vient la Spéculation, entendant par ce mot l’ensemble des moyens, non prévus par la loi ou insaisissables à la justice, de surprendre le bien d’autrui ;

 

« Que du reste, l’économie des sociétés n’est, d’après les définitions des auteurs en crédit, qu’un état d’anarchie industrielle et de guerre sociale, où les instruments de production servent d’armes de combat; où chaque propriété, privilège, monopole, tient lieu de place forte; où le droit et le devoir sont indéterminés de leur nature, la justice exceptionnelle, le bien et le mal confondus, la vérité relative, toute garantie illusoire; où les licences de la pratique, les contradictions de la théorie, le vague de la législation, l’arbitraire de l’autorité, viennent sans cesse déconcerter la raison et donner l’entorse à la morale ; où chacun enfin combattant contre tous, soumis aux chances de la guerre, n’est tenu de respecter que la loi de la guerre. »

 

Aussi, tandis que la Sagesse constituée accuse le jeu, que la Scène le châtie, que la Bourse elle-même, ravie de se voir si bien chaperonnée, le dénonce : l’improbité règne dans les mœurs, la piraterie dans les affaires. Sous l’apparence de transactions régulières et libres, de réalisations facultatives, d’exercice légitime de la propriété, sévissent, sans nul empêchement, le charlatanisme, la corruption, l’infidélité, le chantage, l’escroquerie, la concussion, le vol.

 

Interrogez le premier venu: il vous dira qu’aucun gain, obtenu par les concessions de l’État, les combinaisons de la commandite, les négociations de la Bourse, les entreprises de commerce, le bail à cheptel ou à loyer, n’est pur de corruption, de violence, ou de fraude; qu’il ne se fait pas aujourd’hui de fortunes sans reproche, et que sur cent individus enrichis, pris au hasard, il n’y en a pas quatre de foncièrement honnêtes".

 

1 – Je crains que l’article dans son entier ne soit d’ici peu accessible qu'aux abonnés seulement. Son titre: Plain-talking bank chief points finger at greedy. 21 Juillet 2009.


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LA PROPRIÉTÉ A-T-ELLE LA PRIORITÉ ?

À l’heure où l’âge de la retraite vient d’être repoussé à 62 ans et où l’universalisation du profit et de la misère semble sur le point d’atteindre son acmé, la question posée en 1840 par Pierre-Joseph Proudhon - Qu’est-ce que la propriété ? reste d’autant plus d’actualité.
Tout d’abord, ne serait-il pas légitime que les richesses produites par tout un chacun au cours de son existence professionnelle et laborieuse lui assurent, pour ses vieux jours, une juste rétribution ? Les fortunes dégagées par les entreprises, le commerce, les échanges de toutes sortes ne devraient-elles pas être redistribuées comme le clame Proudhon, à ceux-là même qui ont au moins la moitié de leur existence été les artisans et donc les légitimes bénéficiaires de ces profits souvent énormes ? « Quiconque travaille devient propriétaire ; ce fait ne peut être nié dans les principes actuels de l’économie politique et du droit. Et quand je dis propriétaire : je n’entends pas seulement, comme nos économistes hypocrites, propriétaire de ses appointements, de son salaire, de ses gages ; je veux dire propriétaire de la valeur qu’il crée, et dont le maître seul tire le bénéfice . »
Ne sont-ce pas là les véritables actionnaires, autrement dit ceux qui, par leur action ouvrière ont participé à la transformation de la matière brute ? L’ouvrier, l’employé, le salarié de manière générale n’a-t-il pas droit au même statut que l’inventeur qui perçoit sur chaque produit manufacturé et vendu un juste bénéfice ?
« Mais la propriété privée des moyens de production autorise le capitaliste à rémunérer le travailleur non sur la production à laquelle il a contribué comme élément du groupe, mais sur la base individuelle de ce qu’il aurait produit s’il avait été privé de la force collective de l’atelier. Le capitaliste empoche la différence et ce surplus engendré par la collectivité est soustrait aux travailleurs. Le propriétaire perçoit une rémunération du fait de sa propriété sans y apporter son propre travail . »
Sur des salaires le plus souvent injustes au vu du travail fourni et des richesses produites en commun, l’ouvrier est à nouveau mis à contribution. Ceci afin de gaver des caisses de retraite et d’assurance-maladie dont il ne sera jamais assuré de retrouver l’argent qu’il y a contre son gré englouti. Les gains et les dividendes qu’il a générés tout au long de sa vie par son propre travail seraient largement à même d’assurer les dépenses quotidiennes de ses années de retraite amplement méritée. Qui plus est, tout cet argent arbitrairement et injustement ponctionné sous couvert d’une solidarité intergénérationnelle de façade, ne servira, par l’intermédiaire des organismes financiers les plus divers, qu’à alimenter la spéculation et enfler les profits grâce à l’argent et donc au travail de l’ouvrier sous-payé, abusé, exploité, corvéable à merci et souvent remercié. Un ouvrier le plus souvent dépouillé de sa vie, de son temps libre, de sa santé physique et parfois mentale ; de ses rêves, de ses idéaux, de sa liberté et parfois même de sa dignité. Enfin, cet argent habilement extorqué à tous les travailleurs du monde par les professionnels de la spéculation et de la spoliation puis « blanchi » par les différents organismes patentés de l’économie dite libérale, est finalement prêté à des taux scandaleux à ces mêmes travailleurs contraints de s’aliéner leur vie durant pour rembourser au centuple des sommes qui leur revenaient de droit. Enfin, ces dividendes, quand ils ne sont pas ponctionnés par les différents organismes privés ou d’État ; quand ils ne sont pas aussi réinjectés dans l’outil de travail afin d’en accroître toujours plus la productivité et le trésor de guerre, sont arbitrairement reversés à ceux-là seuls qui se sont arrogé un droit de propriété illégitime. Car l’outil de travail lui-même, s’il est né de l’initiative d’une poignée de décideurs, n’en demeure pas moins le fruit du travail de tous. La survie et la croissance de n’importe quel organisme, qu’il soit biologique ou mécanique et industriel, ne sont pas seulement dues à sa seule « matière grise ». Chaque fibre, chaque cellule participe de la cohésion et de la croissance du tout. À partir du moment où le concepteur ou inventeur s’est vu dans l’obligation de s’adjoindre différents collaborateurs afin de faire vivre et développer son entreprise ; cet outil de travail lui-même est devenu implicitement la possession de tous, présents ou absents, parce que fruit du travail et de la participation de chacun. (Lire la suite sur http://les-naufrages-de-dieu.over-blog.fr ).

Sébastien Junca.

juillet 29, 2011 | Unregistered CommenterSébastien Junca.

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