Compétitivité et endettement
jeudi, mai 20, 2010 at 9:39AM La business school hélvétique IMD publie son IMD world competitiveness Yearbook 2010.
Cette année, Singapour (1) et Hong Kong (2) sont passés devant les Etats-Unis (3); de fort peu, mais c'est un signe des temps.
La photographie que donne ce classement prend en compte les premiers effets de la crise sur certains pays. On peut penser que le rapport de l'année prochaine comportera des mouvements dans le classsement, tant la crise que nous vivons est loin d'être finie.
L'Australie (5), Taiwan (8) et la Malaisie (10) bénéficient de la montée en puissance du monde asiatique. Les pays nordiques, Suède (6), Norvège (9), Danemark(13), mais aussi le Canada (7) continuent de montrer au monde ce que de petits pays plutôt bien gérés sont capables de réussir.
Dans la vieille Europe, l'Allemagne (16) tire son épingle du jeu, alors que la relative stabilité du Royaume Uni (21-22), de l'Espagne (39-36), du Portugal (34-37) et l'amélioration des positions de la Grèce (de 52 à 46) et de l'Italie (de 50 à 40), masque des réalités trés préocuppantes et montre ainsi les limites du modèle.Télécharger le classement ICI.
Le rapport comporte un élément nouveau et particulièrement intéressant, un Debt stress test; soit une évaluation de la situation des différents pays par rapport à leur dette publique. L'idée est d'évaluer en combien d'années ces pays reviendront à une situation d'endettement public considérée comme "supportable" par le Fonds Monétaire International et l'Union Européenne.Télécharger le résumé ICI
Dans les pires cas (Japon en 2084) ou Italie (en 2060), le retour à la normal va se faire attendre...
La Belgique (2035) est aussi dans cette situation, mais ces trois pays ont un avantage qui joue pour eux, leurs créanciers sont principalement des institutions domestiques. C'est, en quelque sorte, de l'argent qu'ils se doivent à eux-mêmes.
Au contraire, des pays comme la Grèce (2031) et le Portugal (2037) sont endettés à l'extérieur. La pression sur eux sera plus forte, mais aussi les dégâts collatéraux que leur situation est susceptible de causer dans les pays voisins (on peut penser aux banques françaises, très engagées en Grèce et au Portugal).
La Grèce et le Portugal "plombent" l'Euro et "syndicalise" ainsi leur crise, mais la Grande Bretagne, qui fait cavalier seul avec la Livre, court un risque monétaire important... à un moment où son "grand frère" américain se bat lui-mêne avec une dette publique abyssale.
Autre critère évalué par le rapport, la capacité de remboursement, trés liée à la dynamique économique de chaque pays. Pour les pays qui ont une balance positive (Pays Bas, +5,4%; Allemagne, +4,9%; Autriche, +2,3%), le retour à une situation "normale" ne sera pas trop douloureux. Ce n'est évidemment pas le cas de l'Italie, de la Grèce, de l'Espagne, du Portugal ou de l'Irlande.
Gloablement, l'IMD considère que 40 des 58 pays recensés dans le World Competitiveness Yearbook 2010 n'ont pas de problème de dette publique (elle ne dépasse pas 60% de leur PNB). C'est le cas de certains petits pays qui ne peuvent pas s'endetter car ils n'ont pas de garantie à offrir (Estonie, Lithuanie) ou d'autres qui sont "vertueux", comme Singapour ou la Suisse.
D'autres encore font partie de ces pays émergents en plein essor qui ne cessent d'accroître leurs réserves de change en même temps que leur compétitivité (la Chine et ses 2.400 milliards de US$ de réserves).
C'est ainsi qu'en suivant la piste de la dette publique de certains pays on rencontre les excédents de certains autres, retrouvant le problème de fond d'une économie mondiale en déséquilibre croissant.
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