« De l'économie à la française | Main | Le garrot »
mardi
oct.182011

Wall Street, war street?

Dans nos pays confortables et (presque) pacifiés, les bruits de la rue ont quelque chose d’inconvenant.

Le mouvement Occupy Wall Street a commencé par être poliment négligé par les médias nord-américains.

Comme ils ne se sont pas évanouis dans la nature mais ont au contraire commencé à se répandre, les comptes-rendus journalistiques concernant ces occupations sont devenus plus fréquents, mais toujours prudents. 

Il est plaisant de voir comment les journalistes trempent leur plume dans le vitriol dès qu’il s’agit de dénoncer la turpitude d’un employé de mairie qui a forcé sur sa note frais, mais semblent curieusement décérébrés lorsque des manifestants cornent sous leur fenêtre qu’il y a quelque chose de pourri dans le fonctionnement de notre système économique.

Les journaux mentionnent les «campeurs» de Wall Street ou d’ailleurs, signalent que ces mécontents sont mécontents du système fiscal de leur pays, ou quelque chose de ce genre. Et puis, un point; c’est tout. Aucune réflexion un peu approfondie, un peu documentée, sur les causes profondes de ce malaise social. Il y a des choses qui ne se pensent pas semble-t-il.

Les semaines passent et les « Indignados » s’indignent dans différentes langues et sur différents continents. Les plus myopes des observateurs voient bien que le président Obama, qui y a sans doute un intérêt électoral, les soutient à demi mot. 

Les commentaires se font alors plus fréquents, oscillant entre une bienveillance un peu paternaliste et un dédain à peine masqué pour ces trublions, sans chef et sans programme. Les éditorialistes prévoient que le mouvement s’éteindra de lui-même et se dispersera à l’arrivée du Général Hiver

C’est probable, pour l’Amérique du Nord en tout cas. L’Europe pourrait présenter un autre cas de figure.

Mais ce qui me paraît le plus intéressant dans ce mouvement social, c’est qu’il exprime une prise de conscience, le cheminement d’une compréhension par «les 99%» de certaines failles de notre système économique et enfin la conviction qu’il faudrait sérieusement reconsidérer celui-ci, pour le remonter d’une autre façon. 

Il aura fallu trois ans pour que ce savoir collectif se mette en place. Accélération étonnante quand on y songe, puisque le système est bancal depuis le début des années Reagan et qu'il avait su éviter jusqu’ici une remise en cause frontale.

Les médias sociaux y sont sans doute pour beaucoup, mais les économistes aussi, qui font depuis la crise des subprimes un remarquable travail de réflexion sur notre société et son avenir, alors que les « intellectuels » sont absents et les journalistes muets.

Si elle avait lieu, cette refonte du système économique mériterait-t-elle le nom de «révolution» ?  Le mot, me semble-t-il, est trop chargé d’histoire, d’absolu et d’épisodes sanglants pour correspondre à ce qui serait probablement une recombinaison des éléments qui constituent le capitalisme, mais dans une configuration un peu plus équilibrée.

Pour compléter votre information, je ne résiste pas au plaisir de reproduire ici une partie d’un discours prononcé par celui que l’on devrait considérer comme le premier des Indignados, tant son analyse est limpide et pénétrante.

C’est en 2008, à Toulon, que Nicolas Sarkosy a prononcé, avec la sincérité qu’on lui connaît (Note pour les lecteurs innatentifs.... c'est de l'ironie, bien sûr), cette plaidoirie pour une refonte en profondeur de notre système économique :

 « Au fond, c’est une certaine idée de la mondialisation qui s’achève avec la fin du capitalisme financier qui avait imposé sa logique à toute l’économie et avait contribué à la pervertir. L’idée de la toute-puissance du marché qui ne devait être contrarié par aucune règle, par aucune intervention politique, cette idée de la toute-puissance du marché était une idée folle. L’idée que les marchés ont toujours raison est une idée folle. Pendant plusieurs décennies, on a donc créé les conditions dans lesquelles l’industrie se trouvait soumise à la logique de la rentabilité financière à court terme. On a caché les risques toujours plus grands qu’on était obligé de prendre pour obtenir des rendements de plus en plus exorbitants. On a mis en place des systèmes de rémunération qui poussaient les opérateurs à prendre de plus en plus de risques absolument inconsidérés.

« On a fait semblant de croire qu’en mutualisant les risques on les faisait disparaître. On a laissé les banques spéculer sur les marchés au lieu de faire leur métier qui est de mobiliser l’épargne au profit du développement économique et d’analyser le risque du crédit. On a financé le spéculateur plutôt que l’entrepreneur. On a laissé sans aucun contrôle les agences de notation et les fonds spéculatifs. On a obligé les entreprises, les banques, les compagnies d’assurance à inscrire leurs actifs dans leurs comptes aux prix du marché qui montent et qui descendent au gré de la spéculation. On a soumis les banques à des règles comptables qui ne fournissent aucune garantie sur la bonne gestion des risques mais qui, en cas de crise, contribuent à aggraver la situation au lieu d’amortir le choc. C’était une folie dont le prix se paie aujourd’hui ! »

Comment ne pas être d'accord? 

Quand au prix à payer, j'écrivais dans mon précédent billet que nous allons devoir payer les erreurs de nos amis de la finance et de la banque pendant de longues années.

PrintView Printer Friendly Version

EmailEmail Article to Friend

PostPost a New Comment

Enter your information below to add a new comment.

My response is on my own website »
Author Email (optional):
Author URL (optional):
Post:
 
Some HTML allowed: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <code> <em> <i> <strike> <strong>