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jeudi
déc.082011

Obama prononce au Kansas le discours de Sarko à Toulon

Sur son blogue, Paul Jorion donne un article "presslib", c'est à dire qui peut être librement reproduit pour peu que l'on en crédite convenablement l'auteur.

Il s'amuse de voit que le président Américain, dans un discours de (quasi) campagne électorale, rappelle clairement les origines et la mécanique de la crise financière, dans des termes que Jorion lui-même répète depuis trois ou quatre ans et qui sont somme toute asses proches du "discours de Toulon" de Sarkosy. Un discours dans lequel celui-ci montrait qu'il avait tout compris, sauf apparemment qu'il fallait passer de la parole aux actes et s'attaquer aux racines du problème plutôt que d'égrener les palliatifs.

Décidèment tout aura été dit sur l'architecture de cette crise et conséquences. Je ne crois pas qu'il y ait encore un pingouin sur sa banquise qui n'en ait pas compris le mécanisme. Et pourtant les gouvernements continuent de traiter la fièvre sans vouloir nommer et reconnaître la maladie. Qu'importe, les peuples paieront tout ce qu'il faut pour que la partie puisse recommencer comme avant..

 

Non, M. Obama ne lit pas le blog de Paul Jorion (enfin, je ne pense pas !). Alors comment se fait-il que le discours qu’il a prononcé avant-hier à Osawatomie dans le Kansas, pourrait tout aussi bien avoir été écrit par moi-même ?

Une hypothèse envisageable est celle de la pure coïncidence. Une autre, est que M. Obama a – pour une fois – décrit les choses telles qu’elles sont, et c’est là l’hypothèse qui me semble la plus plausible. Voici un bref échantillon de son discours :

Bien longtemps même avant que la récession ne débute, travailler dur ne faisait plus aucune différence pour la plupart des gens. Un nombre de plus en plus restreint des personnes qui contribuaient au succès de notre économie bénéficiaient véritablement de ses avancées. Ceux qui vivent au sommet s’enrichissaient plus que jamais, du fait de leurs rémunérations et de leurs investissements. Mais la grande masse des autres s’escrimaient avec des coûts en hausse constante et des feuilles de paie pour qui ce n’était pas le cas – et un nombre toujours croissant de familles s’endettaient toujours davantage, pour ne pas sombrer. […] Le château de cartes s’effondra en 2008. […]

L’histoire est maintenant connue de tous : des crédits hypothécaires accordés à des ménages qui ne pouvaient pas se les permettre, et qui bien souvent n’en comprenaient pas les termes. Des banques et des investisseurs à qui on a permis de reconditionner les risques qui en découlaient et de les revendre. Des paris colossaux – et des bonus colossaux – faits et accordés avec l’argent de quelqu’un d’autre. Des régulateurs dont on supposait qu’ils nous alerteraient quant aux dangers causés par tout cela, mais qui regardèrent ailleurs ou n’avaient même pas le pouvoir de regarder. […]

Les aciéries qui avaient besoin autrefois de 1.000 ouvriers font aujourd’hui le même travail avec seulement 100, et les licenciements sont du coup trop souvent permanents. Et de tels changements n’épargnent pas les cadres. Si vous étiez guichetier d’une banque, réceptionniste ou agent touristique, la plupart d’entre vous ont été remplacés par un distributeur de billet ou par l’Internet. […]

Examinez les statistiques : au cours des dernières décennies, le revenu moyen du 1% au sommet a augmenté de 250% […] Le dirigeant d’entreprise typique qui touchait autrefois 30 fois ce que gagnaient ses employés, gagne aujourd’hui 110 fois plus. Et pendant ce temps-là, les revenus de la grande masse des Américains ont baissé de 6%. […]

Quand les ménages de la classe moyenne ne peuvent plus s’offrir les biens et les services que les entreprises proposent, c’est l’économie dans son ensemble qui coule […] Les pays qui connaissent moins de disparités ont des économies plus solides et connaissent une croissance plus forte et plus robuste sur le long terme.

Les inégalités opèrent des distorsions sur la démocratie. Elles amplifient la voix du petit nombre qui peuvent recruter des lobbyistes excessivement bien payés et se permettre des dons au montant illimité aux campagnes des politiques. Le risque est grand que notre démocratie ne soit mise à l’encan et raflée par le plus offrant.

« Voilà le Barack Obama que beaucoup d’entre nous imaginaient avoir élu en 2008 », écrit avec un certain enthousiasme, Robert Reich, ancien Secrétaire à l’emploi de Bill Clinton.

Quand je dis que M. Obama « se rend à Toulon », c’est bien sûr une image. Ce que je veux dire, c’est qu’il « dit les choses comme elles sont ». Mais j’entends affirmer encore autre chose : qu’il ne suffit pas de « dire les choses comme elles sont », qu’il faut encore, si l’on dispose du pouvoir, ce qui est logique si on est chef d’État par exemple, et si l’on comprend que ce qui « rend confiance aux marchés », c’est qu’on leur rembourse l’argent qu’on leur doit, et que si on ne peut pas, il vaut mieux le leur dire le plus rapidement possible, plutôt que de leur faire miroiter indéfiniment qu’il sera peut-être possible de piquer les sous qui manquent dans la poche du contribuable alors que celui-ci est fauché, et je referme ici la parenthèse : il ne suffit pas de « dire les choses comme elles sont », il faut encore agir en conséquence, et poser les actes qui découlent logiquement de la brillante analyse qu’on en a faite. Sans quoi l’on sera taxé un jour ou l’autre de schizophrène : que si celui qui pense et celui qui agit se partagent bien le même corps, ils ne sont apparemment pas pour autant la même personne. Et que nous pourrions, de notre côté, nous contenter à l’avenir d’écouter leurs beaux discours d’une oreille seulement distraite. En attendant que ça se passe.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez.

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Reader Comments (1)

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